Published On:15-May-18

Retour du « Lambahoany » dans la mode : Modernisation d’un style vestimentaire traditionnel

Share This
TAGS

Quel Malagasy oserait dire qu’il ne connait pas le « Lambahoany » ? Ce petit pagne de forme rectangulaire mesurant 1.10 mètre sur 1.6 mètre faisant usage d’habit de plus sur le corps des femmes Malagasy, et des hommes, selon l’ethnie et le climat,  le vêtant comme un substitut d’un pantalon. Dans tous les coins de Madagascar, ce paréo de toutes les couleurs est la seule mode omniprésente. Il n’a jamais perdu de sa splendeur et s’est découvert une nouvelle vocation, celui d’être revisité dans la haute couture malagasy. Cela grâce aux inspirations sans limites de quelques stylistes de la capitale et d’autres villes de Madagascar comme Tamatave.  

Il y a apparemment du changement et du mouvement dans le secteur de la mode malagasy : la régénération du « Lambahoany ».  Devenu culte, cet habit n’est aucunement étranger à tout le peuple de Madagascar. Peu importe la classe sociale ou la vision des choses, ce pagne a toujours eu une place exceptionnelle dans la vie des Malagasy. Une belle tradition vestimentaire qui a toujours fait partie du quotidien de la population ; cet accoutrement est plus associé aux styles vestimentaires des ruraux, mais aussi des religieux. Ils sont plus visibles et fréquents chez les « villageois » et grands-parents qui en gardent tels un attribut indispensable.  D’aucuns font de lui une décoration murale d’intérieur en guise de  souvenir, d’autres lui ont fait une tenue indispensable dans leurs valises et d’autres encore lui ont transformé en un business qui rapporte. Actuellement, le « Lambahoany » n’est plus qualifié d’habit de basse qualité et de simple, il a  évolué en un style qui se distingue des autres du milieu de la mode. Il se retrouve désormais sur des sacs ou encore des pochettes. Depuis quelques temps, des noms tels que  3 Ladies Pirates, Ricky Raleva, Baravavy, Rabe and Squad ou encore Michelle  Hary  ont envahi la sphère du « Fashion Made in Mada»  et  se sont voués passion à la renaissance de ce costume. Ils ont, en effet,  préféré revaloriser ce tissu  pour lui redonner une seconde vie dans la mode malagasy sans pour autant le dénaturer.       

A priori, il existe deux types de ce pagne, le « Lambahoany » et le « Salovana ». Ils sont, d’ailleurs indissociables auprès de certaines femmes qui en font un ensemble. Le premier couvre la tête jusqu’au diaphragme tandis que le deuxième mesurant à peu près 1,1 mètre sur 4 mètres,  couvre de la hanche aux pieds. Mais, certaines personnes préfèrent seulement le « Lambahoany » sans avoir à recourir au « Salovana ». Dans la plupart du temps, ces habits sont dotés de motifs imprimés composés de dessins de fleurs, des images de diverses couleurs et une inscription proverbiale.

Inspirés par la tradition

Tisser des tissus issus du « Lambahoany » avec d’autres pelotes, est un vrai défi que la styliste 3 Ladies Pirates a voulu prendre pour se différencier d’autres styles existants par celui qui rappellerait Madagascar. « On cherchait un tissu qui dès qu'on le verrait, on penserait immédiatement à Madagascar. Aussi, on souhaitait le remettre au goût du jour parce qu'il est beau alors que les gens ne s'en servent pas », a indiqué la même  styliste.  Ce choix est relatif à l’identité, selon Toky Si, une coutière habitant aux alentours d’Antanimena.  En effet, c’est l’une des révolutions culturelles qui a fait un grand boum dans la société créative malagasy, même si peu en sont au courant.  L’arrivée des jeunes stylistes qui se sont défaits de l’influence étrangère pour concevoir, revoir, et créer une nouvelle forme de revalorisation coutumière a donné un coup de pouce à la culture. Bien que la laine malagasy soit réputée, la simplicité de ce pagne ne lui a pas barré la route vers la célébrité d’où il jouit dorénavant sur les podiums du pays et ceux d’autres horizons.  Comme l’a encore indiqué 3 Ladies Pirates, « A travers le Lambahoany contrairement à la laine,  on apprend un peu plus sur la culture et les adages avec l'habituelle citation. Personnellement cela m'a appris un peu plus sur le malgache. De ce fait,  maintenant quand on voit le Lambahoany on pense 3LP, on pense Madagascar, on pense fashion, on pense tissu hyper stylé ! ».

Réinvention culturelle…

Le terme « appropriation culturelle » fait jaser sur les réseaux sociaux. Nombreuses personnes se sentent violées et dérobées de leur identité par quelques couturiers de haute couture qui utilisent leurs « habits traditionnels » dans des collections uniques. Ils ont, effectivement, le droit de hausser le ton vu que  l’appropriation culturelle est un concept d'adoption ou d'utilisation d'éléments d'une culture par les membres d'une culture « dominante », Amériques-Afrique par exemple.  « Elle serait irrespectueuse et constituerait une forme d'oppression et de spoliation. La culture « minoritaire » se trouverait ainsi dépouillée de son identité, ou réduite à une simple caricature raciste », peut-on lire sur Wikipedia.   À Madagascar, ce terme ne serait pas approprié compte tenu du fait que les Malagasy ont du mal à considérer leurs propres racines, bien que le Lambahoany ne soit presque plus de  fabrication malagasy , mais plutôt indienne ou chinoise. « Pour les avoir,  c'est simple,  on va chez notre fournisseur qui est un revendeur de cotona. 3LP n'utilise que le cotona car c'est du 100% coton. On va chez Fazal à Ambodifilao.», renchérit 3 Ladies Pirates. Malgré la cherté des produits, cette réinvention culturelle continue son bonhomme de chemin.    

L’indémodable proverbe mobile

Pendant, en effet, que le wax, tissu africain, refait surface et devient de plus en plus à la mode allant du continent Africain jusqu’aux Amériques,  le « Lambahoany » marque sa trace  et prend même de l’ampleur dans la création en s’invitant dans la plus grande ville de la mode, Paris. « On a de plus en plus de commandes de la diaspora sur Paris et ailleurs dans le monde. On a des commandes spéciales, pour des mariages, et pour des dépôts à l'étranger » a-t-elle avancé. Plusieurs personnes le portent comme des costumes de festival, de fêtes ou encore de danse. Sa spécificité est le fait qu’il porte en lui une longue phrase proverbiale, instructive, sensibilisatrice et amusante. Souvent, ces mots sont éthiques. On peut y lire « Maso mandeha tsy mitondra mody », ou encore « Mandehadeha mahita raha ». Tout compte fait, Le « Lambahoany » fait son grand retour dans  la mode que peut-être il s’arrachera comme des petits pains par des grands couturiers du monde.  

 

 

Damy Govina Soamamy